L’ODEUR, LE BRUIT ET LE VELOURS.

Ce qui frappe, en tout premier, c’est cette odeur un peu forte de crottin mêlé à la paille, au foin déposé le matin même à grand coup de fourche.

Puis ce doux bruit des naseaux frémissants, des soupirs. Les sabots qui raclent le sol à la recherche d’un peu d’attention. Les corps qui bougent sur la paille, qui se heurtent parfois aux parois de leur boxe, jouent avec leur voisin.

Et cette petite boule au creux du ventre qui fait espérer que tout aille bien. Que ce sera une journée dans de belles dispositions.

Le cliquetis du loquet. Il faut enjamber la paille, tendre doucement les doigts qui rencontrent enfin le velours. Celui du bout du nez. La main qui se déploie pour flatter l’encolure, passer sur le dos, vérifier chaque jambe. Le regard qui se perd dans cet œil scrutateur à la pupille horizontale, doux.

Et tout se dit en cet instant. En silence. Il n’y a rien besoin de plus.

C’est alors un ballet de brosses qui s’entame. L’étrille passée pour soulever les saletés de la nuit, la brosse dure, d’un mouvement énergique, qui enlèvera le tout et démêlera les crins, la brosse douce passée sur la tête et les jambes, les endroits les plus fragiles, et finira de lustrer la robe. Enfin, le cure-pied qui nettoiera la sole et la fourchette apportant la touche finale. Et pourquoi pas un peu de graisse sur les sabots pour plus de brillant!

Il est temps de seller. Déposer son tapis avec justesse, ainsi qu’une protection pour le dos. Puis la selle que l’on soupèse et enveloppe à deux bras, qu’il faut déposer doucement, ni trop en avant pour ne pas charger les épaules, ni trop en arrière pour ne pas lui faire mal au dos. Trouver la bonne place et dégarroter le tapis afin qu’il n’y ait aucune blessure. Seller un cheval est une question de précision, qui l’aurait cru? C’est au tour de la sangle. Un ardillon puis l’autre, dans chaque contre-sanglon, l’ajustant. Le corps bouge, il n’aime pas être si serré. Il doit s’habituer. Parfois, les oreilles se couchent en signe de mécontentement, des dents claquent. Tout rentre dans l’ordre.

Puis poser les bandes sur les jambes avec toute l’attention requise pour ne pas faire un pli. Partir du tiers supérieur du canon, poser sa bande et commencer à entourer le membre avec une tension constante, d’avant en arrière, toujours. Un tiers de la bande doit être visible en descendant, deux tiers en remontant. Et recommencer. Tout un art!

Et enfin, se diriger vers le porte bride et prendre son harnachement. Passer les rênes au-dessus de la tête, prendre le bridon à la moitié et déposer le mors sur sa main. Le présenter. Le proposer. Le Dieu cheval acceptera t-il l’offrande? Ajuster le mors, la têtière, la sous-gorge et la muserolle. Laisser filer le cuir sous ses doigts.

Tout est bien. Il est temps.

De sortir. Trouver un promontoire et se hisser. Se laisser bercer. Par le bruit des fers sur le bitume menant au manège, à la carrière. Par le mouvement.

Entrer.

Ce qui se passe ensuite est intime. C’est une relation qui se noue.

On y apprend le respect. A écouter et entendre. A comprendre. Apprendre la lenteur. L’humilité. La patience et le calme intérieur. A toucher du doigt. Chuter et remonter.

Viser le Centaure. Ne faire qu’un. Car le cavalier n’est rien sans son cheval. C’est un être perdu.

Jusqu’à ce qu’il retrouve son chemin.

Celui des écuries et de l’odeur réconfortante du crottin, de la paille et du foin. Celui des bruits familiers des naseaux frémissants et des sabots martelant le sol. Et du velours, toujours, de leur peau sous ses doigts.

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